Quand des lycéens prennent la parole : dans les coulisses de l’ouverture du MUNUCCLE 2026
Innovation Démocratique
©Antoinette Reyners, G1000 & Maéva Lafleur, What about Dem
Costumes, badges et salle pleine de futurs délégués : ce qu’une simulation de l’ONU menée par des jeunes nous dit de la démocratie délibérative.
Contrôles de sécurité, au coude à coude avec des eurodéputés
Du 7 au 9 octobre, le MUNUCCLE 2026 a réuni des lycéens de plusieurs établissements scolaires à travers l’Europe. Le jour d’ouverture, tout a commencé quand les délégués ont d’abord dû passer les contrôles de sécurité, dans les mêmes couloirs que des députés en exercice. L’accréditation s’est déroulée sans accroc, l’ambiance était enthousiaste et dynamique. Les écoles sont entrées l’une après l’autre, avec un rythme qui évoquait davantage une cérémonie diplomatique qu’une sortie scolaire.
Les professeurs sont restés discrètement en retrait. Les organisateurs étaient des élèves : ils guidaient les délégations vers leurs places et ajustaient la salle en fonction des pays représentés. Le comité média (élèves vidéastes et photographes) était déjà à l’œuvre pour couvrir chaque moment.
Qu'est-ce qu'un MUN ?
Une Modélisation des Nations Unies est un jeu de rôle où les délégués représentent un pays ou une organisation, étudient ses positions et débattent en comité. Le MUNUCCLE est organisé par l'École Européenne de Bruxelles I (Uccle). Fondé en 2018, il rassemble des écoles de toute l'Europe. Mais cette année marque un tournant : ce n'était plus un simple MUN, mais une Modélisation d'Assemblée Citoyenne (MCA), plaçant la délibération citoyenne, le tirage au sort et la démocratie participative au cœur des débats.
Un forum citoyen qui résonne avec l’actualité
La cérémonie d’ouverture a donné le ton : celui d’un forum citoyen qui résonne avec l’actualité, à un moment où la jeunesse se mobilise dans la rue. La présidence et la direction ont invité les délégués à profiter pleinement de l’expérience et rendu hommage au travail des élèves qui ont bâti l’ossature des débats. Une règle d’or a été rappelée : défendre une idée avec vigueur, sans oublier que derrière se trouve un camarade.
Puis la lumière s’est tamisée pour une vidéo, et une phrase est restée dans la salle : « Le silence du gouvernement ne sera pas le silence du peuple. » Alexander, président de cette édition, a ensuite évoqué le sentiment d’urgence : seuils climatiques dépassés, conflits en cours, crises démocratiques, et le ras-le-bol de voir son avenir détruit.
Se lever pour mesurer la confiance
C’est là qu’est intervenu What about Dem. Jonathan Moskovic a été invité à présenter la « vague délibérative », en partant d’un constat sans fard : seul 1 citoyen européen sur 3 fait confiance à son gouvernement national, et seulement 1 sur 5 aux partis politiques. Chez les jeunes, le signal est tout aussi net : 36 % des moins de 25 ans ont voté en 2024.
Plutôt que de s’en tenir aux chiffres, il a demandé à la salle de répondre. Faites-vous confiance à votre gouvernement ? Levez-vous si oui, restez assis si non. L’hémicycle s’est partagé presque moitié-moitié, et pendant quelques secondes, chaque délégué a pu voir la question prendre forme sous ses yeux.
Quatre étapes, du tirage au sort aux recommandations
Pour montrer à quoi pourrait ressembler une alternative, Jonathan a détaillé le fonctionnement d’une assemblée citoyenne :
Le tirage au sort : les citoyens sont tirés au sort pour former un échantillon représentatif de la population.
L’information : les participants écoutent des experts et des témoins.
La délibération : ils débattent en petits groupes, avec facilitation.
Les recommandations : le résultat est remis aux décideurs.
Il a ensuite pris l’exemple de Bruxelles, où les commissions délibératives réunissent 45 citoyens tirés au sort (dont au moins 12 jeunes de 16 à 29 ans) et 15 parlementaires, qui débattent sur un pied d’égalité.
Son message aux délégués était double. Les mobilisations de la jeunesse dans la rue, pour l’éducation, le climat ou d’autres causes, sont indispensables pour faire avancer la démocratie. Et l’information passe avant tout : il n’est pas nécessaire d’être expert pour entrer dans le débat public, mais il faut comprendre le contexte de base avant de prendre la parole.
« La démocratie, c’est tout ce qui se passe entre les élections »
L’activiste pour le climat Adélaïde Charlier a pris le relais avec un récit d’engagement, pour montrer aux délégués qu’ils ont déjà les outils pour participer au débat, sans devenir parlementaires. « Voter c’est essentiel, mais le vote ne dure qu’un instant. La démocratie, c’est tout ce qui se passe entre les élections », a-t-elle rappelé. Sa question : comment participer aux décisions sans nécessairement siéger au parlement ? Sa réponse : toutes les formes d’engagement comptent, que ce soit manifester, écrire, débattre ou faire du bénévolat.
Elle a aussi invité la salle à se méfier des stéréotypes.
« On ne réduit jamais un groupe à quelques clichés, ce serait trop dangereux. » - Adélaïde Charlier
Les jeunes ne sont pas « tous violents » ni « tous sur leur téléphone », a-t-elle souligné : ils valent mieux que les étiquettes qu’on leur colle.
Six forums, un terrain commun
Après la cérémonie, le travail a commencé. Les débats s’organisent autour de six forums : Climat, Labour (travail), Santé mentale, Gouvernance, Migrations et Information. Des organes transversaux les accompagnent : le Comité Média couvre les débats, et un jury évalue les résolutions et les prestations oratoires.
Pourquoi c’est important
En une matinée, des adolescents ont entendu parler de confiance, de tirage au sort, de délibération et d’engagement, avant de rejoindre des salles où ils allaient pratiquer précisément ces compétences : écouter, négocier, construire un consensus à partir de points de vue différents.
Pour What about Dem, cela touche au cœur de notre mission : il ne suffit pas de simplement parler de démocratie à l’école, il faut la vivre et la pratiquer concrètement. C’est pourquoi nous croyons profondément dans des initiatives comme le MUNUCCLE et encourageons d’autres établissements à rééditer cet exercice.
L’innovation démocratique commence avec celles et ceux qui en hériteront.




