Le pays de Galles fait le point sur sa démocratie, et appelle à un vrai changement
- Maéva Lafleur

- 23 mars
- 4 min de lecture
Innovation démocratique

L'Innovating Democracy Advisory Group (IDAG) vient de publier son rapport d'avancement, Towards a Thriving Welsh Democracy. Publié le 17 mars 2026, quelques semaines avant les élections du Senedd, ce rapport constitue un état des lieux lucide de la démocratie galloise, et une feuille de route pour ce qui doit changer.
Et si impliquer vraiment les citoyens dans les décisions devenait enfin la norme, et non l'exception ?
Un diagnostic qui sonne juste
Le constat de départ est sans détour : la majorité des personnes en âge de voter aux élections galloises choisissent de ne pas le faire. La confiance envers les institutions décentralisées est faible. Beaucoup de citoyens estiment n'avoir que peu ou pas d'impact sur les décisions qui affectent leur vie.
Ce n'est pas un problème gallois, c'est un défi démocratique partagé à travers l'Europe et au-delà. Toutefois, le Pays de Galles, avec ses institutions décentralisées récentes, doit encore prouver sa valeur et à plus de latitude pour être innovant. Le rapport structure ce défi autour de deux questions fondamentales :
Comment faire en sorte que chacun se sente partie prenante du système démocratique ?
Comment construire un partenariat véritable et durable entre les citoyens et les institutions ?
Aller au-delà des élections
Une démocratie qui fonctionne exige de comprendre comment les décisions sont prises, mais aussi que ces mêmes citoyens aient des occasions réelles de peser sur ces décisions entre les élections, et qu'ils aient le sentiment que leur participation compte vraiment. C'est le cœur même de ce que défend la démocratie délibérative et participative.
Voir L'IDAG appeler explicitement à ce que l'implication du public dans la prise de décision devienne pratique courante est encourageant.
Les recommandations clés
Le rapport appelle à une vision partagée pour la démocratie galloise, à un leadership politique fort et coordonné entre les institutions, et à une stratégie nationale de long terme intégrant éducation démocratique, implication citoyenne et participation électorale. De plus, il plaide pour un changement de culture institutionnelle. Faire évoluer les mentalités au sein du gouvernement, du Senedd et des autorités locales, de sorte que l'implication des citoyens dans les décisions devienne la norme plutôt que l'exception.
Sur l'éducation à la démocratie, l'IDAG souligne de fortes inégalités dans ce que vivent les jeunes gallois à l'école. Le Curriculum for Wales offre un cadre, mais sa mise en œuvre est inégale, les ressources sont disparates, et beaucoup de jeunes quittent l'enseignement formel sans les connaissances ni la confiance nécessaire pour s'engager dans la vie démocratique.
L'appel du rapport à des orientations plus claires, à une meilleure formation des enseignants et à un accès équitable aux apprentissages par l'expérience est pertinent et primordial.
La consultation seule ne suffit pas
Le rapport est sans ambiguïté sur ce point : informer les citoyens et recueillir leurs avis via des consultations ponctuelles à sa place, mais cela donne rarement aux gens une véritable influence. En pratique, les approches de type consultation sont souvent utilisées par défaut, précisément parce qu'elles sont plus simples à mettre en œuvre. Toutefois, elles ne donnent pas au public un vrai pouvoir d'influence sur les décisions. Une implication réelle, c'est co-construire des solutions, délibérer ensemble, et s'assurer que les contributions citoyennes façonnent effectivement les décisions.
Le rapport insiste également sur le rôle clé de la société civile et des organisations de terrain, souvent mieux placé que les gouvernements pour rejoindre les personnes les plus éloignées du système démocratique. Les soutenir – avec des financements durables, un renforcement des capacités et une vraie autonomie – est indispensable.
Attention aux processus mal conçus
Sur la question d'un éventuel énoncé de principes constitutionnels pour le Pays de Galles, une recommandation issue de la Commission indépendante sur l'avenir constitutionnel du pays. Le rapport recommande à juste titre la prudence. Un processus participatif sans objectifs clairs et sans engagements politiques sincères peut éroder la confiance plutôt que la renforcer. C'est particulièrement important dans un contexte gallois où la confiance envers les institutions politiques est déjà fragile.
Les exemples de l'Islande et du Chili sont cités, des cas où des processus constituants participatifs ont finalement échoué faute de suivi de la part des représentants élus. La conception et l'engagement politique comptent autant que le processus lui-même.
Avant d'envisager comment impliquer les citoyens dans une telle démarche, il faut d'abord clarifier pourquoi elle est nécessaire et quel en serait l'effet concret.
La contribution de Jonathan Moskovic
Jonathan a été invité à présenter lors d'une des séances de travail de l'IDAG, en tant que Research Lead à l'Institut Universitaire Européen et conseiller en innovation démocratique. Son intervention s'est appuyée sur des données comparatives issues de toute l'Europe, notamment des cas où des méthodes délibératives ont été intégrées avec succès au sein de parlements et de gouvernements, pour aider le groupe à comprendre quelles conditions rendent l'implication citoyenne durable et efficace.
Notamment l'importance de structures délibératives permanentes, pleinement intégrées aux processus formels de décisions : lorsque cette articulation est en place, les participants ont la certitude que leur voix a réellement pesé dans le débat politique, ce qui contribue à renforcer leur confiance envers les institutions démocratiques.
L'insistance du rapport sur ce point reflète des convictions que des praticiens comme Jonathan défendent depuis des années, à travers leurs travaux avec des parlements, des gouvernements et des organisations internationales.
Un moment pour l'ambition
Ce rapport paraît à un moment charnière. À quelques semaines des élections du Senedd de mai 2026. L'IDAG adresse un message clair au prochain gouvernement gallois, quelle que soit sa composition : cet agenda ne peut pas attendre, et ne peut pas être traité comme une priorité secondaire.
Le Pays de Galles dispose de cadres législatifs, notamment le Wellbeing of Future Generations Act de 2015, de l'énergie civique et de la clarté analytique pour avancer.
Ce qu'il faut maintenant, c'est de la volonté politique et une action coordonnée entre le gouvernement, le Senedd, les autorités locales et la société civile.
Nous suivrons la suite avec beaucoup d'intérêt.


