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À Esch-sur-Alzette, une Assemblée citoyenne referme son mandat et ouvre un chantier


Innovation démocratique



Le 25 juin 2026, dans une salle d'Esch-sur-Alzette, quarante habitants ont remis officiellement leurs recommandations à la Ville. Après trois mois de travail, de mars à juin, l'Assemblée citoyenne d'Esch a rempli son mandat. Ce que les membres ont vécu entre ces deux dates dit beaucoup sur ce que la démocratie délibérative peut produire, à condition d’y mettre de l’expertise, du temps et des moyens.


Une lettre qui change de sens

Ania se souvient encore de sa première réaction en recevant sa lettre d'invitation : « Oh non, encore de la paperasse. » Comme des milliers d'autres résidents d'Esch, elle avait été tirée au sort parmi 10 000 personnes invitées à s'inscrire. Rien, sur le moment, ne laissait présager qu'elle y consacrerait plusieurs mois ni qu'elle en repartirait en juin pleine d'espoir pour ce qui avait été accompli.


Ce basculement, du scepticisme initial à l'engagement, n'est pas un détail anecdotique. Il touche à quelque chose de central dans la conception même du processus : l'Assemblée n'a pas cherché à réunir des personnes déjà convaincues ou déjà actives dans la vie associative et politique locale. Elle a été pensée pour faire se rencontrer des habitants aux expériences très différentes de la ville et pour voir si, ensemble, ils pouvaient construire quelque chose de commun.


La diversité comme matière de travail

Cette diversité a été l'un des ingrédients qui a permis à l'Assemblée de nourrir sa réflexion sur Esch. Chaque participant·e arrivait avec sa propre lecture de la ville, ses priorités, parfois ses désaccords. Rien d'étonnant à cela, mais cela a aussi rendu le travail plus exigeant. Les sessions ont mis face à face des opinions qui ne convergeaient pas toujours spontanément.


C'est là que le rôle des facilitateurs et facilitatrices a pris tout son sens. Nous sommes ravis d’avoir pu les accompagner dans leur formation avec What about Dem. La qualité des facilitateurs et facilitatrices a permis de maintenir une ambiance de travail où l'enthousiasme restait possible, même dans les moments de friction. Un point est revenu plusieurs fois dans les échanges : il n'y a jamais eu d'agenda politique caché derrière ce processus, et la politique partisane n'a, à aucun moment, été le sujet des discussions. 


Mettre des idées communes par écrit

Le plus gros du travail, selon plusieurs participant·e·s, n'a pas été de faire émerger des idées (il y en avait beaucoup) mais de les rassembler, à assurer leur cohérence et, enfin, à les rédiger sous une forme que l’Assemblée pourrait collectivement approuver. C'est un travail moins visible que les discussions elles-mêmes, mais tout aussi déterminant : transformer des positions individuelles en un texte qui engage un groupe.


Un participant résume ainsi l'esprit qui a traversé les sessions : « Il y avait une transparence, il n'y avait pas de mauvais moment et pas de jugement, on s'écoutait même s'il y avait des bêtises qui ont été dites. » Cette tolérance à l'imperfection, le droit de se tromper, de reformuler, d'être entendu malgré tout, a sans doute été aussi importante que n'importe quelle méthode de facilitation pour que le processus tienne dans la durée.


Quatre chantiers pour Esch

Le résultat de ce travail collectif s'est structuré en quatre groupes thématiques de recommandations : l'aménagement de l'espace public et l'urbanisme visant à rééquilibrer la mobilité au profit des piétons, des cyclistes et des personnes à mobilité réduite ; la nature et le climat axés sur la végétalisation, la gestion de l'eau et l'utilisation de matériaux plus durables ; les habitants et la vie sociale, privilégiant l'accessibilité, le lien social et une approche de la sécurité fondée sur la présence et le dialogue plutôt que sur des mesures purement sécuritaires ; ainsi que la gouvernance et la vie citoyenne, marquées par une exigence forte de suivi transparent et de participation continue.


Chaque recommandation a été soumise à un vote fondé sur le consentement plutôt que sur une simple majorité : les membres pouvaient exprimer leur accord, une réserve mineure, ou une objection sérieuse. Ce choix méthodologique a permis de distinguer un désaccord à documenter d'une opposition suffisamment forte pour remettre en cause l'adoption d'un texte et d'aboutir à un ensemble de recommandations que l'Assemblée pouvait, dans sa diversité, soutenir collectivement.


Et maintenant ?

La remise publique du 25 juin a marqué la fin du mandat délibératif de l'Assemblée, mais pas la fin du processus. Les recommandations sont désormais entre les mains de la Ville d'Esch-sur-Alzette, qui doit les examiner et y répondre.


Les membres l'ont répété tout au long du processus : la participation doit être significative, pas symbolique. Les participant·e·s sont repartis de cette dernière session pleine d'espoir, mais cet espoir reste, pour l'instant, une promesse à tenir. La suite appartient désormais à la Ville.


La Ville de son côté travaille actuellement sur comment rendre cette aventure permanente à travers son institutionnalisation



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